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Préface

Faut-il vraiment s’intéresser aux cent vingt-cinq titulaires du prix Nobel de la Paix (dont cent sept personnes et dix-huit associations ou organisations) ? Est-ce que l’attribution de cette distinction prestigieuse, événement mondial, créée au début du XXe siècle par l’inventeur repentant de la dynamite, Alfred Nobel (sous l’influence de Bertha von Suttner, elle-même première nobélisée), ne traduit pas avant tout la vision du monde moraliste et rigide des luthériens norvégiens ? L’attribution de ce prix n’a-t-elle pas parfois été suivie de désillusions, voire de repentirs ? Et peut-on croire, quand on a en tête le bilan sans équivalent des crimes de masse commis au XXe siècle – 120 millions de morts –, que primer chaque année, ou presque, « la personnalité qui aura le plus contribué à la fraternité des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes (quel rapport avec le sujet ?), à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes », aura servi à quelque chose – si tant est que cela n’ait pas nourri à contretemps un pacifisme dangereux ? Et cela au moment où, qui plus est, les Occidentaux ont perdu le monopole du pouvoir et de l’influence, y compris morale, en ce début de XXIe siècle que le secrétaire général des Nations unies lui-même qualifie de « chaotique »…

Ce sont des questions qui peuvent légitimement se poser, et le travail remarquable d’Alain Frerejean nous aide à nous faire notre idée. Dans la plupart des cas, les choix des Nobel sont évidents : comment contester Martin Luther King, Nelson Mandela, Desmond Tutu, Albert Schweitzer, Rigoberta Manchu, le dalaï-lama, des personnes qui ont consacré leur vie à protéger les enfants, à lutter contre les mines antipersonnel, à défendre les droits des femmes ou des pauvres, ou l’extraordinaire docteur congolais Mukwege, qui « répare les femmes » ? Si les jurés n’ont pas couronné Gandhi, assassiné en 1948 par un fanatique hindou, c’est parce qu’ils n’ont recommencé à attribuer leur prix, interrompu en 1939, qu’en 1952.Le jury Nobel a le plus souvent été fidèle à son mandat fondateur en récompensant de vrais idéalistes, comme le président américain Woodrow Wilson, qui a donné son nom au « wilsonisme », même si son bilan se discute. Mais le bilan comparé du réalisme et de l’idéalisme n’est pas dans la mission des Nobel. Plus près de nous, se sont-ils trompés en choisissant Aung San Suu Kyi ? Cela se discute aussi.

En décernant précipitamment leur prix à Barack Obama en 2009, les jurés ont récompensé en revanche ses bonnes intentions (un monde sans armes nucléaires), lui attribuant une sorte de prix de bonne camaraderie internationale qui l’a bien embarrassé.

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