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Avant-propos:

Je n’aurais jamais pensé écrire un jour un livre sur les émotions, car si mon passé de psychophysiologiste et de psychanalyste m’avait finalement poussé vers l’éthologie, c’était pour étudier de plus en plus exclusivement le comportement des organismes dans leur milieu naturel en m’éloignant des interprétations en termes de processus intrapsychiques. L’approche naturaliste du comportement me passionne depuis des années. C’est elle qui m’a mis en rapport de travail et d’amitié avec différents chercheurs linguistes, sociologues, anthropo logues… et bien sûr psychologues, tous pratiquant au moins à temps partiel cette méthode d’observation-description objecti vante qui est à la base du mouvement interactionniste contempo rain. Or il faut reconnaître que l’introspection et les << états men taux » y tiennent peu de place. Certes on ne dit pas comme à une époque, pas si lointaine, que ce qui se passe dans la « boîte noire >> ne concerne pas notre recherche… Mais on en fait volontiers l’éco nomie. Cependant il arrive un moment où l’approche naturaliste a ses limites. Appliquée à l’espèce humaine, elle sous-entend une théorie du sujet, particulièrement apparente chez un auteur comme Goffman, par exemple. Cette théorie du sujet reste discrète, du fait que ce n’est pas le sujet qui est le centre d’intérêt, mais l’interac tion: ce qui se passe entre les sujets. Mais tôt tard on doit admettre que ce qui se passe entre ne peut être interprété que par une mise en rapport avec ce qui se passe dans les sujets, qui constituent un élément contextuel incontournable. Ce moment est arrivé, et je crois que l’émotion est une bonne façon d’aborder le problème. L’homo est sapiens, mais il est aussi sentiens et commu nicans. Il se trouve que je suis confronté aux problèmes des émotions depuis longtemps. Chez les animaux d’abord, où, avec Daniel Bret et quelques autres chercheurs, j’ai étudié dans les années soixante et soixante-dix les crises audiogènes, les ulcères de contrainte, et l’émotivité chez les petits rongeurs. J’ai même étudié, à l’occasion d’un contrat avec l’Armée, la « panique chez les rats ».

Chez l’homme ensuite j’ai dirigé plusieurs thèses (celles de Jacques Fourcade, Stavrie Economides, Gelis Dahan, Kamal Bekdache) sur l’étude polygraphique des situations d’entretien, où les réactions psychogalvaniques, témoins des microréactions affectives, tenaient une place importante. C’est à cette époque qu’a été conçu le concept d’organisation verbo-viscéro-motrice, et découvert le « phénomène du balancement » qu’on retrouvera au

chapitre 3. Mais c’est au début des années quatre-vingts seulement que je suis vraiment entré dans le champ des émotions pour les émotions elles-mêmes.

Invité à la maison des Sciences de l’homme de Paris, à l’instiga tion du Laboratoire européen de psychologie sociale, à une réunion constitutive d’une équipe de recherche sur les émotions sous l’égide de Klaus Scherer, alors professeur à l’université de Giessen, j’ai hésité à m’y joindre. Il s’avérait en effet que la méthode utilisée serait celle des questionnaires. Or les question naires ne font guère partie de la panoplie des éthologues. Mais j’étais le seul chercheur français et la perspective de participer à cette équipe internationale m’attirait.

Cette recherche a abouti à la publication du livre Experiencing Emotion à Cambridge University Press. J’y rédigeais en collabo ration avec mes collègues espagnols J.M.F. Dols et A.J. Fernandez le chapitre sur la verbalisation de l’expérience émotionnelle et avec Verena Aebischer, celui sur l’expérience émotionnelle des Français. L’ensemble du livre résulte d’un travail collectif, et grâce sans doute aux qualités de son leader, une véritable équipe internationale s’est constituée permettant des échanges qui ont achevé de déterminer mon intérêt pour les émotions. Que Verena Aebischer, Elisho Babad, Eva Bärninger-Huber, J.M.F. Dols, J.R. Edelmann, Heiner Ellgring, Alfonso J. Fernandez, Dino Giovannini, J. Elizabeth Green, Pio Ricci-Bitti, Bernard Rimé, B. Angela Summerfield et G. Herald Wallbott et bien sûr Klaus Scherer

reçoivent à cette occasion mon témoignage d’amitié. Cette équipe a, à la fin des années quatre-vingts, élargi la recherche au-delà de l’Europe en l’étendant à l’ensemble de la planète, Monique Jardel-Alles me rejoignant pour la partie fran çaise de l’enquête.

Mais si cette recherche mobilisait et enrichissait mon intérêt pour les émotions, elle ne me satisfaisait pas en tant qu’éthologue. Je désirais continuer l’approche de terrain et l’observation directe. L’émotion s’inscrivait dans l’éventail des préoccupations de mon Laboratoire d’éthologie des communications, centrées depuis des années sur les processus de communications interpersonnelles. Un de mes collaborateurs, Gilles Benejam, a soutenu une thèse sur les signaux expressifs émotionnels. Paul Ekman est venu nous rendre visite. Et je suis allé, l’année suivante, visiter son laboratoire et faire la connaissance de Wallace Friesen à San Francisco. Leur méthode d’étude des mimiques faciales me paraissait conforme aux principes de la recherche éthologique et la thèse de Yolande Jung a récemment montré comment cette approche de l’expres sion émotionnelle faciale pouvait être utile aux praticiens en pre nant pour terrain la pratique odontologique et la chirurgie répara trice maxillo-faciale. Mais le groupe de recherches sur les interactions’ auquel mon Laboratoire était rattaché développait ses travaux sous la houlette de Catherine Kerbrat-Orrechioni, et ses publications, particulière ment sur les communications non verbales, me valaient d’être invité à parler à des publics de tous ordres: psychologues, éduca teurs, médecins et soignants, psychothérapeutes… Or les discus sions se terminaient le plus souvent sur les problèmes des émo tions, de leur expression, de leur gestion et de leur utilisation thé rapeutique ou éducative. Un bref séjour au centre californien d’Esalen m’avait d’ailleurs convaincu de l’intérêt de cette dimension émotionnelle et de celui de l’aborder plus directement que par le canal verbal, ce que j’avais eu l’occasion de vérifier en organisant les thérapies << communicologiques» à l’hôpital de jour de la Mutuelle de l’Education nationale à Lyon et à travers les formations de soi gnants développées par mon ami et collaborateur d’alors, Emmanuel Galacteros.. Cette dérive de ma recherche éthologique sur la voie thérapeu tique m’a conduit à participer au séminaire dirigé à Paris VII par Max Pagès dans un groupe « Emotions » et à m’intéresser au développement de « l’art thérapie ». Des travaux tels que ceux d’Edith Lecourt sur la musicothérapie et de Jocelyne Vaysse sur la danse et les thérapies par le mouvement me paraissent être des voies particulièrement fécondes pour la recherche sur les émo tions. Emotions dans les interactions, émotions dans les thérapies m’ont conduit aux travaux que je mène actuellement avec Marie Lise Brunel² sur l’empathie, qui constitue un des concepts les

plus fondamentaux de la question des émotions dans les inter actions quotidiennes.

Je m’aperçois que cet avant-propos retrace mon itinéraire de chercheur. C’est qu’en fait, rétrospectivement, cet itinéraire se révèle avoir été en permanence en rapport avec la question des émotions. Je dois avouer que cela ne m’était pas toujours apparu au moment même. Ce n’est qu’au fil des années que le thème, d’abord latent, s’est actualisé.

Or, c’est à ce moment de mon évolution personnelle que, par une coïncidence heureuse (mais est-ce un hasard ?), les éditions Retz m’ont contacté, envisageant une publication consacrée aux émotions. J’acceptai sans hésiter puisque ce sujet était devenu pour moi d’un si grand intérêt. J’ai pu ainsi mesurer l’ampleur et la complexité de la question. Mesurer aussi à quel point elle est fondamentale pour tous ceux qui travaillent dans le champ des sciences humaines.

Pour finir, je dois remercier ceux qui m’ont aidé: Marie-Pierre Levallois et Jacques Mousseau des éditions Retz, Edmond Marc, lecteur et ami attentif, et «J.V.S.» mon interlocuteur dans les métalogues. J.V.S.3 représente l’ensemble des collègues et amis avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter, à diverses reprises, de mon travail, ou ceux de mes proches auxquels j’ai lu certains pas sages et qui ont eu la patience de m’écouter. Que tous soient ici chaleureusement remerciés.

Mes remerciements aussi pour Sandrine Argant qui m’a aidé dans la matérialisation du manuscrit et pour tous les amis du Laboratoire d’éthologie des communications au sein duquel cet ouvrage a été conçu. Le climat d’affection et de sympathie qui y règne a toujours été source de grand plaisir dans mes activités quotidiennes de chercheur.

Enfin j’ai plaisir à exprimer ma très cordiale reconnaissance à Françoise Sichler pour son aide stimulante, efficace et compétente dans la correction du manuscrit.

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