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PRÉFACE:

Nietzsche attire l’attention sur cette vérité qu’une pensée nous vient quand elle veut et non quand nous voulons. Voilà pourquoi nous ne devrions pas dire « je pense » mais à la rigueur « ça pense ». Et même ça ! Il vient donc des pensées auxquelles alors il faut savoir faire accueil, donner corps, qu’il faut savoir tâter, sentir, faire tourner entre les doigts, regarder sous différents angles, et frapper doucement du marteau musical pour savoir quel parfum elles exhalent, quelle lumière et quel son elles rendent : il faut savoir les éprouver, dans tous les sens du terme. Effectuer ces différentes opérations, cela s’appelle « méditer ». Et méditer, Felwine Sarr s’entend à nous inviter.

Ces pensées peuvent être point d’orgue de la plus banale des expériences, faire irruption dans la paresseuse rêverie. Voici : le narrateur est à Saint Louis, lisant un livre sur une terrasse d’où le fleuve s’offre à la vue; un tas de fumier qui ne devrait pas être là et qui dit la crasse, la pauvreté, le laisser-aller, accroche son regard ; et alors arrive, inattendue, cette pensée que « de partout on peut s’élever vers le ciel ». Le propos s’en arrête là mais il continue de faire son chemin en nos têtes de lecteurs. Vient ainsi à l’idée, par exemple, Job sur son tas de fumier: quand tout est réduit à rien, l’esprit, c’est-à-dire la force de croire, regarde encore vers le haut.

Les pensées ou les méditations ici offertes naissent donc parfois à l’occasion de narrations. Certaines d’entre elles sont datées et parlent de faits ou de personnes connus – on voit ainsi passer l’ami écrivain Louis Camara, les collègues de l’université, on voit l’ancien président Abdoulaye Wade faire déguerpir les marchands ambulants de certains quartiers de Dakar pour que rien ne trouble «son » sommet de l’OCI…On pourrait alors se dire que ces pages proviennent du journal de l’auteur. Il y aurait des raisons de le supposer, de supposer aussi que comme tout journal, elles nous

donnent ici une autobiographie fragmentée, souvent interrompue, mais dont le fil court d’une méditation à une autre.

Si on entend par « journal » le genre auquel l’empereur stoicien Marc- Aurèle a donné ses lettres de noblesse en écrivant ses Pensées pour moi même, alors oui, il s’agit bien d’un journal. Comme ce César philosophe, Felwine Sarr nous offre ici des pensées qui sont pour lui-même et donc pour tout homme « à qui rien de ce qui est humain n’est étranger ». Elles n’ont pas de forme fixe, se présentant comme narration parfois, parfois comme le dessin rapide d’un caractère (un « archétype », dit Felwine, d’un portrait savoureux qu’il croque avec l’humour caustique d’un La Bruyère), le plus souvent comme un aphorisme, un concentré de signification, qui demande au lecteur de s’arrêter, de se réciter ces phrases (elles sont, de temps en temps, de véritables promesses de poèmes), de les ouvrir lentement pour leur faire déployer comme pétales les sens dont elles sont riches. De les faire revenir encore et encore à l’esprit. D’un mot: de les ruminer. C’est encore Nietzsche qui nous enseigne que méditer exige de s’instruire d’abord auprès des vaches de cet art suprême qui est celui de la rumination.

Au contraire donc des Méditations de Descartes, celles que l’on va lire rappellent que penser n’est pas le produit d’un esprit désincarné et au repos mais l’activité d’un corps en mouvement. « Méditer dans l’action » dit justement Felwine Sarr, et il faut entendre ce que dit ce maitre en ces arts de faire le corps spirituel de part en part que l’on appelle martiaux. Penser et danser, on s’en souvient, est un rapprochement qu’effectue Nietzsche encore, mais également Léopold Sédar Senghor. Et le lecteur goûtera ici l’omniprésence de la musique, de toutes sortes de musiques, qui ruminera en rythme ces Méditations africaines.

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