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Extrait :

De l’Homo Faber à l’Homo SuadensUn homme préhistorique est assis devant un feu dans sa caverne : il se réchauffe et cuit du gibier, fruit de sa chasse du jour. Soudain, un bruit l’alerte : l’homme saisit son arme ; devant lui se dresse un rival prêt à combattre pour lui arracher le gibier en train de cuire.

Tendus, les armes à la main, la bagarre va pouvoir commencer : mais le rusé chasseur abaisse son arme, prend l’animal rôti, le déchire en deux et en offre la moitié à son adversaire. Ensemble, les deux hommes vont déguster la viande et assouvir leur faim, partageant le plaisir du repas.L’homo faber a évolué et est devenu un homo suadens : la manière dont l’intrus a été accueilli l’a incité à renoncer à combattre pour s’emparer de la nourriture, préférant partager, les deux parties étant alors gagnantes. Ce geste a persuadé l’autre à ne pas se laisser aller à son agressivité, la victoire n’étant pas assurée, et accepter de bon gré « l’hospitalité » qui lui était offerte. La gentillesse a prévalu sur la brutalité, l’offrande sur la confrontation.

Comme l’expliquent les anthropologues, c’est ainsi que l’homme primitif a commencé à forger ses rapports sociaux. Le guerrier a cédé la place au négociateur.La marche de l’homme vers la civilisation vient de sa faculté à pouvoir s’associer avec ses semblables et de coopérer pour atteindre des objectifs communs. Ce postulat d’anthropologie culturelle (Mauss, 2002 ; Lévi-Strauss, 1966) se base sur le caractère persuasif de la coopération, tout le monde y trouvant son compte. Coopérer n’est pas dans la nature de l’homme, comme on pourrait naïvement le penser, mais est une chose que les animaux supérieurs ont mise au point afin de mieux gérer le monde qui les entoure, de survivre et de perpétuer leur espèce. L’homme, qui se trouve au sommet du Règne Animal, a développé la capacité d’unir ses forces avec ses semblables et d’en exploiter les avantages. Certains biologistes radicaux peuvent affirmer que ceci est la conséquence de la programmation génétique dont le but est l’accouplement et la reproduction. Mais dans ce cas, nous n’aurions eu aucun besoin de développer une forme relationnelle aussi sophistiquée.

C’est au nom de la communication entre les individus que le plaisir de côtoyer les autres s’est développé bien au-delà de la simple attirance sexuelle et de la nécessité de se reproduire, ce qui nous a permis de profiter des avantages apportés par notre sociabilité pour atteindre des objectifs communs.

L’homme a évolué en se persuadant lui-même et en persuadant les autres de remplacer de plus en plus souvent l’affrontement par la rencontre amicale, la rivalité par la collaboration, contrôlant de mieux en mieux la réalité et obtenant plus de satisfactions.

Les choses ont bien évolué depuis le primitif « ta mort est ma vie » pour arriver à « la vie est plus agréable pour nous si nous coopérons tous les deux ». Sur ce thème, l’interprétation relationnelle d’Enrico Molinari et de Pietro Andrea Cavaleri au sujet du passage de l’homo naturalis à l’homo reciprocus est particulièrement pertinente : les êtres humains, en vertu de leur propre réciprocité, sont allés bien au-delà de leur nature.La communication persuasive a permis à l’homme de sortir de la préhistoire.

Il a commencé par constituer des petits groupes, pour ensuite construire une société de plus en plus complexe.

L’art noble de la persuasion : La magie des mots et des gestes

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